Des trous dans la tête

GUY MADDIN DANS TOUS SES ÉTATS

L'irremplaçable Guy Maddin / Courtesy San Francisco International Film Festival

L'irremplaçable Guy Maddin / Courtesy San Francisco International Film Festival

Lundi soir se produisait un événement absolument extraordinaire, comme je vous l’annonçais dans mon précédent billet.
A l’occasion de la rétrospective Guy Maddin : le magicien de Winnipeg (proposée par le Centre Pompidou), et du Festival d’automne à Paris, une séance spéciale du film Des trous dans la tête a été proposée à l’Odéon-Théâtre de l’Europe.

Ce n’est qu’assez tardivement que j’ai eu vent de cette représentation particulière… et je dois avouer que si je n’étais pas allée au Centre Pompidou, je serais totalement passée à côté. Je remercie donc le destin qui m’a menée sur cette piste… De plus, le théâtre de l’Odéon propose aux étudiants des tarifs plus qu’intéressants (demi-tarif !). De quoi me combler pour pas trop cher. (Surtout qu’une jeune femme a souhaité échanger sa place contre la mienne – à la base en strapontin… et je me suis retrouvée au beau milieu de l’orchestre, en face de la scène, bien assise… le rêve !)

Une séance spéciale, donc. Mais spéciale en quoi ? vous demandez-vous.
Spéciale… parce qu’il s’agissait d’une représentation scénique du film de Guy Maddin.
Mais encore ? Pour bien vous imaginer la chose, si ce n’est déjà fait, je vous précise donc que « représentation scénique » dans ce cas précis, signifie une composition sonore totalement effectuée en direct, sur scène, pendant que le film, muet, est projeté sur écran. Composition sonore comprenant : narration, musique du film, chant et bruitages.

L'affiche du film Des trous dans la tête, Guy Maddin, 2006

L'affiche du film Des trous dans la tête, Guy Maddin, 2006

Le son au cinéma est quelque chose de primordial. Il conditionne entièrement la réception du spectateur et influe énormément sur son ressenti. Ces questions m’ont toujours passionnée… autant vous dire que l’expérience me tentait au plus haut point…
De plus, en grande admiratrice et amatrice du travail de Guy Maddin, j’avais très envie de découvrir ce film.
Sans parler de mon envie de découvrir le théâtre de l’Odéon de plus près.

La représentation.
La musique originale de Jason Staczek a été interprétée par l’ensemble L’Instant Donné (piano, percussions, violon, alto, violoncelle, et cor), dirigé par Hélène Bouchez.
Isabella Rossellini était également de l’aventure, gardant son rôle initial de récitante.
Sur scène également, Dan Tierney nous a gratifié de sa voix angélique (de castrat).*
Les bruiteurs : Naho Shioya, Dean Moore et  Bill Blauvelt, étonnants.
Et la présence, bien sûr, de Guy Maddin en personne.

L’affiche était alléchante. Le résultat au delà de mes  attentes.
Le film d’abord. Poétique, fou, déjanté, absurde à souhait, le tout desservi par une esthétique expressionniste caractéristique du travail de Guy Maddin. Un film « muet », conçu comme tel, mais au montage beaucoup plus moderne, les images se succédant, se chevauchant et s’entremêlant à un rythme assez soutenu.
Les acteurs sont absolument divins… et le scénario décadent à souhait.

Photogramme issu du film Des trous dans la tête, Guy Maddin, 2006. © Adam L. Weintraub

Photogramme issu du film Des trous dans la tête, Guy Maddin, 2006. © Adam L. Weintraub

Quant à l’ambiance sonore, ce fut absolument fantastique. Outre la musique du film, d’une durée d’à peu près 90 minutes… la présence d’Isabella Rossellini, des bruiteurs et des artistes en général a insufflé au film une vie et une fraîcheur étonnantes. Découvrir les « trucs » et astuces des bruiteurs était un plus non négligeable. Très intéressant et souvent amusant.

En somme, un véritable délice… je suis ravie d’avoir découvert ce film de cette façon.

Pour ne pas nous quitter trop brutalement et prolonger le plaisir, retrouvez les oeuvres de Guy Maddin, projetées jusqu’au 7 novembre au Centre Pompidou… (cf. rétrospective cinématographique présentée plus haut).
Je vous conseille plus particulièrement Dracula, pages tirées du journal d’une vierge ainsin que The Saddest Music In The World.

Et découvrons ensemble le dernier né Winnipeg mon amour, en sortie nationale dès aujourd’hui, dans les salles de vos cinémas préférés… Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai hâte !!!
Attention, bande annonce :

[Youtube=http://www.youtube.com/watch?v=4SOoB2G8lPo]

Chuuuut.
A très vite.

J’en profite également, vite fait, pour vous signaler la sortie du Ruban blanc, le dernier film (primé à Cannes) de Michael Haneke, le plus français des réalisateurs allemands… Mais chuuuuut.

 * Je me vois dans l’obligation de vous révéler ma petite pirouette… Je voulais rester dans l’esprit de cette représentation… et respectant la blague, mais un commentaire veut révéler la triste réalité. Lisez donc.

3 réflexions sur “Des trous dans la tête

    • « Dan Tierney nous a gratifié de sa voix angélique (de castrat). »
      Dan ne chante pas une note, sur scène, il ne fait que mimer le chant. C’est la voix de Tom Williams, contre ténor anglais, caché en coulisse que vous avez entendue. Vous avez été attrapée. By the way, un castrat n’a plus de roubignoles (à l’inverse d’un contre ténor qui chante tout simplement en voix de tête) ! Une blague de… Guy Maddin.

  1. Oui, oui, je sais, j’ai lu le programme, comme vous l’imaginez. Mais j’aimais bien l’idée, donc je l’ai présentée comme cela. (Et merci, je sais ce qu’est un castrat.🙂 )
    Je suis justement sensible à cet humour de Guy Maddin. Cet homme, sur scène pendant 95 minutes… c’est simplement éblouissant. Une présence vraiment étonnante. A laquelle j’avais envie de rendre hommage, par l’absurde. Et je n’avais pas envie de parler de ce truchement. Ce qui est désormais chose faite…
    Merci donc, de rétablir les Vérités. Quand j’avais préféré rester dans le rêve.

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